Voici que, bien que nous trouvions aussi chez les autres Tannaïm et Amoraïm qu’ils étudiaient avec une assiduité extraordinaire, qu’ils s’exilaient vers un lieu de Torah et se retiraient dans les cours de la Maison de Hachem (voir Ketouvot 62b et 63a, entre autres), nous trouvons toutefois chez le Rashbi une qualité supplémentaire : il se cacha et s’ensevelit dans une grotte durant toutes ces longues années, douze ans, puis une année supplémentaire, et il s’y consacra à la Torah, et uniquement à la Torah, avec un labeur redoutable, dans la souffrance de la grotte et de grandes épreuves, sans aucun plaisir matériel, seulement de l’eau et des caroubes, comme l’explique le traité Chabbat (33b), et pourquoi les appelle-t-on חרובים ? Parce qu’elles détruisent le corps (voir Rambam, Hilkhot Déot, chap. 4, halakha 11, ainsi que ce que nous avons écrit sur la consommation des caroubes dans l’article : « Comment le Rashbi ne craignit-il pas l’interdit de ‘orla concernant les caroubes ? »), c’est pourquoi il mérita tout cela.
De même, nous trouvons que lorsque le Rashbi sortit de la grotte, Rabbi Pin’has ben Yaïr vint à sa rencontre, et monta avec lui au bain, où il soignait et massait sa chair en pleurant, car il vit que toute sa peau était crevassée et fendue par le sable, et ses larmes coulaient de ses yeux dans ses plaies, ce qui faisait souffrir le Rashbi. Rabbi Pin’has lui dit : « Malheur à moi de te voir ainsi. » Mais le Rashbi lui répondit : « Heureux es-tu de me voir ainsi, car si tu ne m’avais pas vu ainsi, tu n’aurais pas trouvé en moi ce que tu y trouves. Auparavant, lorsque le Rashbi soulevait une question, Rabbi Pin’has ben Yaïr apportait douze réponses ; mais à présent, lorsque Rabbi Pin’has ben Yaïr soulevait une question, le Rashbi apportait vingt-quatre réponses. »
Il est également rapporté dans le traité Baba Metsia (85a), que lorsque Rabbi Yossi fils de Rabbi Elazar décéda, on le conduisit à la grotte de son père, et un grand serpent se trouvait à l’entrée de la grotte (‘akhna). On lui dit : « ‘Akhna, ‘akhna, ouvre ta bouche afin qu’un fils entre auprès de son père », mais il ne leur ouvrit pas. Le peuple pensa que l’un était plus grand que l’autre ; une Bat Kol sortit alors et déclara : « Ce n’est pas parce que l’un est plus grand que l’autre, mais parce que celui-ci a connu la souffrance de la grotte et que celui-là ne l’a pas connue. » Nous voyons donc combien est grande la vertu de ceux qui étudient la Torah avec effort et grande souffrance, et c’est pour cette raison que tous montent au Tsion du Rashbi et de son fils, car leur mérite est immense, afin qu’ils prient et implorent la miséricorde pour la communauté auprès du Roi des rois, le Saint béni soit-Il, et tout Israël exulte et se réjouit de leur Torah.